Présentation

Biographie

Laurent Fau est né en 1964 et vit à Conques-en-Rouergue dans le département de l’Aveyron.

Il est initié au modelage par son arrière-grand-père le sculpteur toulousain Henry Parayre qui aura une grande influence sur sa découverte du monde de l’art.

Après des études supérieures à Toulouse, il devient archéologue médiéviste tout en continuant à se former à la sculpture.

À partir de 1997, il rentre dans l’atelier du sculpteur Christian André-Acquier à Montauban avec qui il se forme et lie une profonde amitié.

En 2005, il quitte Toulouse pour s’installer à Conques-en-Rouergue où il retrouve ses racines familiales. 

De 2005 à 2011, il travaille la pierre, plus particulièrement le marbre, en taille directe. Le corps lui fournit le cadre rigoureux à partir duquel il tend vers la suggestion. Le point de départ est parfaitement défini : une épaule, un torse mais ce travail devient peu à peu prétexte à une exploration de l’humain en gommant volontairement notre regard habituel, rassurant et monotone envers le corps. Ses sculptures se trouvent alors en équilibre, sur un fil, penchant parfois vers le figuratif, parfois vers l’abstraction, sans que cela ne soit vraiment important, leur véritable finalité étant de s’intégrer dans la nature et de devenir paysage. Ce parcours débute sur la base de solides études anatomiques pour finalement s’ouvrir à un monde de plus en plus fragile. 

Depuis 2013, il se tourne logiquement vers le paysage. Paysages pour lesquels il emploie un matériau bien différent : le béton. Modestie du matériau donc mais aussi très faibles reliefs sur de grands aplats rectangulaires, effleurant la lumière pour révéler des paysages oniriques, faits de peu. Les lignes de crête se mélangent, laissant apercevoir un horizon qui émerge de la brume ou un ravin vertigineux, dans lesquels chacun peut reconstituer son propre monde et s’approprier ainsi l’œuvre qui lui est présentée.


Fragments

Enigmes qui accrochent le regard et invitent à la rêverie.

La lumière glisse sur un beau marbre blanc, un plâtre patiné où, à peine esquissée, apparaît forme humaine. L’œil, suivant ombres et reflets, découvre la courbe d’une épaule, à fleur de peau parcourt un buste. A moins qu’il ne s’arrête sur une pièce plus récente et plus mystérieuse… Qu’est-ce que c’est ?

Formes saisissantes, fructueuses pour l’esprit qui est appelé à jouer avec ce qui n’est pas tout à fait ou pas encore, mais qui apparaît… En silence. Car la forme dans le travail de Laurent Fau n’en impose pas à la matière. 

Belles surfaces muettes que font vibrer les efflorescences, les variations de tons, les plissements, les anfractuosités du plan, les accidents du contour.

Nulle intention reconnaissable de la part du sculpteur, autre que d’interroger le matériau, comme s’il s’agissait de découvrir ce qui surgit de son intimité profonde, qui s’élance sous la main, au dehors. 

Pour voir. 

Ce qui nous est donné à contempler.

Ce qui était dans l’enfance terrain de jeu, plaisir au spectacle de ce que la main peut produire, n’a pas cessé. Sans doute l’artiste depuis s’est essayé aux techniques traditionnelles de la sculpture, instruit au contact des œuvres du passé, comme d’aujourd’hui ; mais le même désir porte son travail, qui fait l’unité de ses œuvres, son style. Abstrait ? Oui, si l’on considère son éloignement du figuratif, sa défiance à l’égard du décoratif, comme du narcissique. Abstrait donc. Si bien que chacun peut trouver dans ces œuvres le bienfait d’un dépaysement et l’occasion d’y exercer son imaginaire. 

Œuvre-miroir, à toucher du regard.

Toucher – voir. L’artiste, lui, que les humbles supports seuls inspirent, sans nul doute cherche sous ses doigts une image matérielle qui réponde à ce qu’on ne saurait approcher autrement, qui montre quelque chose de l’ordre du monde.

Travailler la terre, son image dans le plâtre, le béton…, à plat. 

Comme on tâte une paroi. A travers elle, le paysage avec lequel l’humain a partie liée, l’espace auquel nous appartenons.

Comme l’archéologue, attentif au plus modeste fragment, recueille et interroge le précieux vestige.

Laurent Fau spontanément a misé sur la richesse de ce peu, qu’il fouille et travaille avec constance et retenue, fragment de matière inerte qui contient et révèle tous les paradoxes du vivant : présence et fragilité, raffinement et pauvreté, permanence et mouvement… et le temps qui fait son œuvre souterraine.



Geneviève André-Acquier
Professeure de lettres, éditrice

Avril 2014